Introduction à la création d'entreprise

Les pouvoirs publics en France, en Europe et plus généralement dans les nations occidentales, portent un intérêt sans cesse croissant aux très petites entreprises (T.P.E.) et font de la création d’entreprise un élément essentiel de leurs politiques, afin de préserver la croissance et d’assurer le renouvellement continu du tissu économique.

 

Cet attrait s’est accru en France depuis le début des années 1990, sous l’impulsion coordonnée de deux facteurs principaux : la nécessité de remédier à la crise, l’essor de la nouvelle économie et l’engouement pour les T.P.E. technologiques.

 

La première loi Dutreil sur l’initiative économique a remis sur le devant de la scène les entrepreneurs et créateurs d'entreprise. L'Ordre des experts-comptables a collaboré directement à sa rédaction et en a fait l'un des thèmes prédominants de son 58ème congrès au mois de septembre 2003.

 

Cette forte implication des instances professionnelles s’explique : un sondage Sofres réalisé le 8 septembre 2003 à l’occasion du « Train de la création d’entreprise » montre que 45% des entrepreneurs font appel à leur expert-comptable lors de la création, et cette proportion passe à 66% après cinq mois d'existence. Cette implication n’est pas neutre : le taux de survie à 5 ans est nettement supérieur pour les entreprises ayant bénéficié d’un accompagnement.

 

Pour l’expert-comptable, cette mission représente également une opportunité.
Si dans de nombreux domaines, son intervention peut être complétée ponctuellement par celle d’un spécialiste (avocat, fiscaliste...), l’accompagnement du créateur d’entreprise, par la multiplicité des capacités sollicitées, semble constituer pour lui une mission de prédilection, lui permettant d’exprimer pleinement ses aptitudes de généraliste dans le cadre d’un soutien continu.

 

Ce constat vient d’être traduit en termes réglementaires par la modification, en 2004, de l’ordonnance du 19 septembre 1945 ; l’expert-comptable est désormais habilité à accompagner le créateur dans le cadre d’une mission à part entière, non plus accessoire à une prestation récurrente de présentation ou d’examen des comptes annuels.

 

Les actions menées, tant par les pouvoirs publics en vue de susciter les initiatives, que par les instances professionnelles visant à promouvoir le rôle de l’expert-comptable, montrent que l’univers de la création d’entreprise recèle d’importants enjeux. Quels sont-ils ?

 

Selon quels critères un projet peut-il bénéficier du soutien des pouvoirs publics ? Quelles sont les formes possibles pour ce soutien ? Comment apprécier la capacité de la future activité à contribuer à l’économie nationale ? Quels sont les acteurs de la création d’entreprise et leurs rôles respectifs ? Quels sont les enjeux pour les experts-comptables ? Quels sont les écueils les plus fréquemment rencontrés par les experts-comptables lorsqu’ils accompagnent leurs clients ? En quoi consiste précisément l’accompagnement ? Quels sont les facteurs clés de succès d’un projet et comment mettre en évidence ces facteurs ?

 

Les interrogations que peut susciter un projet sont multiples et éparses. Pour cette raison, traiter de la création d’entreprise et formuler des préconisations destinées aux professionnels requiert de garder à l’esprit la question, centrale et inéluctable, à laquelle l’expert-comptable recevant un créateur doit systématiquement répondre : « Est-il opportun de soutenir le créateur en l’accompagnant dans la réalisation de son projet ? ». Se pose aussitôt la question sous-jacente : « Le projet examiné est-il viable, quelles sont ses chances de succès, et corrélativement le risque d’échec à supporter ? ».

 

Cette dernière interrogation sous-tend obligatoirement de la part de l’expert comptable une démarche de diagnostic, même si cette réalisation, incluse dans une prestation plus large d’accompagnement, ne fait pas l’objet d’une mission ainsi dénommée.

 

La prise en compte de cette notion de diagnostic soulève de nouvelles interrogations auxquelles il est nécessaire de répondre. Quels sont les tenants et aboutissants de cette prestation plus ou moins formelle… donc également informelle, de diagnostic ? Quels paramètres d’un projet convient-il d’analyser ? Quels sont les facteurs de succès à déceler ? A quels procédés l’expert-comptable peut-il recourir pour y parvenir ? Une mission à part entière peut-elle émerger ? Dans l’affirmative, selon quelles modalités ? Dans le cas contraire, comment tirer parti des travaux réalisés afin de valoriser l’accompagnement du créateur ?

 

Avec l’intérêt croissant porté aux entrepreneurs se sont développées les recherches en matière d’ « entrepreneuriat ». Cette notion, dont il n’existe pas de définition standardisée et universellement acceptée, désigne l’action de l’entrepreneur et le processus complexe qu’il initie par la création d’une entreprise. Les recherches d’inspiration scientifique menées dans ce domaine recèlent une matière précieuse et déjà abondante, permettant une connaissance plus approfondie de l’entrepreneur et une meilleure compréhension de ses actes. A ce titre, les théories en entrepreneuriat fournissent des pistes de réflexion essentielles en vue de formuler des préconisations complémentaires à destination des experts-comptables, eu égard aux problématiques évoquées.

 

Loin de remettre en cause les autres approches, les théories en entrepreneuriat sont susceptibles d’apporter un heureux complément à celles-ci. En effet, les chercheurs oeuvrent à faire émerger un regard différent sur la création, qui implique une autre approche des projets auxquels les experts-comptables sont confrontés, mais aussi de nouvelles considérations quant à la viabilité de ces initiatives, des critères d’analyses complémentaires et des pistes originales contribuant à valoriser la mission d’accompagnement.

 

L’objectif général du présent mémoire est de mettre au point une démarche, enrichie de l’apport des théories en entrepreneuriat et matérialisée par un outil de diagnostic, pour l’expert-comptable qui a l’opportunité d’accompagner un créateur, permettant de juger dans les meilleures conditions possibles de la solidité du projet et de faciliter la décision d’accompagner ou non l’entrepreneur dans sa réalisation.

 

Pour y parvenir, cet objectif général se décline en plusieurs objectifs successifs :
- Etudier d’abord le contexte historique, géographique, économique, social et professionnel de la création, afin d’en mettre en évidence les enjeux et
formuler avec soin la problématique générale de la création d’entreprise pour
les pouvoirs publics, l’entrepreneur et l’expert-comptable (partie 1) ;
- Présenter les théories en entrepreneuriat, préciser en quoi et dans quelle mesure elles peuvent contribuer à répondre à la problématique identifiée ;
- Rechercher et identifier les facteurs clés de réussite d’un projet, concevoir la démarche et l’outil de diagnostic permettant d’en déceler les forces et faiblesses pour émettre un pronostic fiable quant à sa viabilité ;
- Mettre au point des préconisations en vue d’exploiter au mieux l’apport des théories en entrepreneuriat et les travaux de diagnostic pour valoriser la mission d’accompagnement ;

 

Le sujet est limité aux très petites entreprises (moins de 10 salariés) en France. Statistiquement, les entités créées sont généralement des T.P.E. Les données observées, les réflexions menées, les conclusions tirées, sauraient à l’évidence s’appliquer à certains cas dépassant ce périmètre, mais des facteurs complémentaires pourraient entrer en jeu. Ces éventuels facteurs n’étant pas envisagés dans le cadre du présent mémoire, les entreprises concernées sont exclues par précaution de son champ d’application.

 

Les entreprises concernées par l’étude sont industrielles, prestataires de services, artisanales et commerciales ; il s’agit plus généralement des organisations qui poursuivent un but lucratif et aspirent à s’intégrer au tissu économique en créant de la valeur.

 

Au-delà de ces considérations, un projet déterminé est toujours spécifique par les différentes composantes de son environnement au sens large : temps, espace, secteur d’activité, conjoncture économique, cadre juridique et professionnel…
certains contextes particuliers sont également sources de singularité : création en milieu solidaire, création d’entreprises innovantes, création par un cadre en sont des exemples parmi d’autres. La vocation du diagnostic est de s’appliquer à ces différentes situations, en s’appuyant sur des critères généraux d’analyse. L’outil doit permettre d’identifier les particularités de chaque cas d’espèce avec les forces et faiblesses qui lui sont associées.

 

Le sujet n’est pas limité quant aux structures juridiques susceptibles d’être adoptées, il s’applique aussi bien aux entreprises individuelles qu’aux sociétés.
La première partie de l’exposé, consacrée à l’étude du contexte de la création d’entreprise, permettra la mise en relief puis la formulation de sa problématique. La seconde étape du raisonnement conduira à l’élaboration et à l’exploitation de l’outil de diagnostic, au regard des théories en entrepreneuriat.

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